Tout a commencé un banal jour d’un mois de l’année en cours. Que dit-on déjà, qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Ou quand tu cherches les embrouilles avec la bougie (c’est une expression roumaine, mais vous avez saisi le sens). Il n’avait pas l’intention de s’y mètre tout seul dans le traquenard, même s’il a fait presque tout pour y tomber dedans. Avec un peu d’aide de gens censés à faire respecter les règles du jeu, faisant partie d’une nouvelle catégorie de commissaires de la bienveillance ; règles à faire respecter par les autres. Eux, ils se considèrent au-dessus du commun des mortels. Appelons-les les amoraux cyniques.
En revanche, ils peuvent te parler pendant des heures de toutes les consignes à respecter afin que les gens soient bienveillants les uns envers les autres et qu’ils soient ainsi heureux au travail même quand ils font les tâches les plus ingrates ou mortellement ennuyeuses. Mais, on sait que l’ennui ou la perte du sens de la vie qu’on subit, ne tue pas ; au pire, quelques arrêts maladie et c’est reparti. Les dommages collatéraux existent partout, n’est-ce pas ?
Néanmoins, ils sont les premiers à verser une larme symbolique au comptoir public ou compatir sans vergogne les victimes du manque de respect de la bienveillance. Et là, ils deviennent d’une férocité sans faille pour punir les coupables à la lez-bienveillance. Tous les moyens sont bons pour se débarrasser en même temps d’une personne indésirable ou trop encombrante.
L’amoral qui s’applique à punir le rigoriste pour manque de sensibilité ou parce qu’il ne possède pas assez d’empathie au goût du jour. Le ridicule ne tue pas non plus.
Lui, l’idiot, coupable désigné d’office, il se fait punir pour sa manie de la rigueur qu’il essayait d’insuffler aux autres. Et étant lui même, une sorte d’incompris, « passionné de l’absolu et de la vérité », il avait parfois du mal à exprimer son empathie comme les autres voulaient qu’il le fasse, d’une manière tellement douceâtre, qu’elle sentait le moisi. Il trouve tellement hypocrite des phrases toutes faites telles que : « j’espère que tu vas bien » avant tout message envoyé à bout de champ. Comme si le destinataire se mettrait ensuite à se plaindre de tous les malheurs de son existence.
Lui, l’ostracisé de la bienveillance, il préférait largement manifester sa gentillesse en tendant une main à une personne tombée.
On pourrait se croire transposé dans une sorte de remake du procès de l’Etranger, selon Camus.
« Dans notre société, tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.»