Et maintenant, je n’arrive pas à me concentrer dans mon travail. Je suis en train de rêver avec les yeux ouverts. Une sorte de nostalgie me harcèle depuis quelques jours ou c’est pur et simple de la paresse. J’avais toujours soutenu que l’homme est paresseux dans son essence. Le travail qu’il fait ou que la société lui impose n’est qu’une sorte de besoin de reconnaissance de ses semblables. Ou pour pouvoir subvenir à ses besoins et à ceux de ses proches. Que du malheur…et si on arrête de jouer cette comédie et on se dévoile tel qu’on est. Est-ce que le monde sera meilleur ou on va juste changer les décors? Je regarde la montre et un sentiment d’impuissance face à l’inexorable perte du temps m’effleure la conscience. On est seuls dans ce monde cruel où chacun essaie d’arnaquer son destin par manque de courage nécessaire pour une confrontation. Que cela nous plaise ou pas, on a choisi notre prison, chacun à ses goûts ; avec plus d’ornements pour cacher les barreaux de fer ou plus spartiate pour nous mystifier le sacrifice de notre liberté. On est maîtres dans cet art de l’improvisation des excuses jetées à bout de champ pour faire taire le son des traces de rampant dans le tracas quotidien de la vie. Mais notre regard garde le souvenir des clôtures que nul ne puisse effacer de notre rétine.
Catégorie : essai philosophique
Souffrir
Quel malheur de ne pas savoir de quoi l’avenir sera fait ; quel bonheur de vivre dans le présent sans regrets et sans contrefaçon. La même musique qui résonne sans cesse dans la boite crânienne et pourtant personne avec qui danser. Un amour perdu n’est jamais enterré et demande de temps en temps d’être ressuscité avec une voracité d’ogre affamé. Tu es à poil et sans défense devant l’ouragan qui se déferle sans pitié et fait resurgir des souvenirs mélangés de malbonheur. Un monde de rêves et de cauchemars, de regrets et de remords envahit tes pensées jusqu’au tréfonds de ton être sans échappatoire possible et sans veste de sauvetage. On est noyé, mais on respire, on est en coma, mais on bouge, avec des mouvements saccadés d’animal saigné à mort. Et ensuite, le silence se met à siffler dans ta tête et comme dans un tour de passe-passe, la monotonie de la vie refait surface comme si rien ne s’est passé, en attendant la vague suivante. Les poils hérissés sur ton dos, tu lâches un dernier soupir et tu te lances dans la routine. Pauvre créature, méchant créateur ; la tragi-comédie de l’existence.
Aimer
Tu te réveilles avec ce sentiment que tu ne peux pourtant pas l’expliquer car il ne fait qu’exister. Avec tant de souffrance dans le monde qui nous entoure, amis, famille ou encore plus loin, dans des terres qu’on a, à peine, le courage de les imaginer, on se demande si nous avons encore le droit d’aimer, si c’est toujours d’actualité et le plus important si c’est politiquement correct. Et alors, tu commences à te mettre en doute, à te poser plein de questions sur le bienfait de ton comportement par rapport à la majorité écrasante qui souffre et qu’aimerait qu’à ton tour, par simple décence, tu te mettes à souffrir avec eux, comme si cette forme de souffrance télépathique aurait un effet de balsamique sur les blessures d’un monde qui est à la recherche de son bonheur universel.
Avec tant de haine soit disant raciale, religieuse ou tout bêtement humaine, on aurait mieux à faire d’aller sur une planète habitée par des sniamuh, car au moins eux savaient qu’il y avait un temps pour tuer (dans des buts purement de survie) comme les lions et un autre pour aimer (sans buts…) comme les agneaux. Que nous soyons descendus des arbres ou qu’au contraire, c’est Quelqu’un qui nous a appris à descendre et ensuite à remonter, nous avons au moins la liberté de choisir quand nous devons manger et quand nous devons aimer. Est-ce que quelqu’un rassasié aime différemment de celui qui n’a même plus la force de (c)rêver ou peut être la question ne se pose même pas, par manque de pudeur ?
Et malgré tout ceci et cela, les humains continuent à aimer mais avec modération car on ne sait pas si on ne doit pas un jour rembourser l’amour qu’on nous a donné et quand on parle de l’argent, c’est toute une autre histoire. Faisons en sorte que Dieu ne regarde pas vers nous et allons profiter le plus longtemps possible de sa miséricorde sans se soucier du compte à rebours. Mais que faire quand même Dieu nous demande de l’argent ? On le paye pour sauver nos âmes ou au contraire, on lui offre qu’un prêt à durée déterminée, car il vaut toujours mieux d’être créditeur de la Divinité que débiteur au Diable. Il est difficile, voire impossible, d’être le Créditeur (Débiteur) en Amour d’un monde qui recherche son paradis perdu. Une fois retrouvé, il existe le risque de s’ennuyer et surtout que faire avec tant de souffrance ?
Vivre
Vous n’avez jamais eu le sentiment de sentir la pression de l’air que vous respirez mais en même temps de savoir que rien de ce que vous entoure ne peut avoir aucun effet car vous vivez. Oui, c’est si simple que ça à vivre. Ca donne l’impression d’être plus compliqué mais faites l’expérience et essayer de respirer sans vous soucier de ce que vous devriez faire plus tard. Une seconde passe et vous restez là sans pour autant pouvoir l’empêcher. Alors, pourquoi tant de soucis pour plusieurs secondes qui s’envolent. Peut-on contrôler le temps ou au moins, peut-on savoir quand est ce qu’il effleure notre conscience avec le sentiment d’une perte de temps irréversible ou qui sait ce qu’on peut encore s’imaginer quand tout tourne autour de nous et pourtant, on reste coincés dans un univers aussi immobile et dépendant à son tour de notre mobilité. Sommes-nous condamnés à une sorte de devoir craintif de ne jamais arriver à une fin heureuse, mais sommes-nous allés au-delà de notre peur primitive de ce que nous avons fait une fois, il y a des millénaires ?
Le serpent est toujours le gagnant de cette affaire car il continue à faire sa vie et à nous regarder comment pouvons-nous gâcher la nôtre. Vous ne trouvez pas qu’il est venu le temps de lui enfin, demander notre libération de cette prison et que nous prolongeons à l’infini une peine que personne ne nous la demande. Avez-vous déjà eu l’impression qu’on fait que se glisser dans l’espace et dans le temps avec une sagacité et une clairvoyance un peu trop instinctive pour l’appeler sagesse. Réveillez-vous, nous sommes restés fidèles à quelqu’un qui a été plus malin que nous, mais il est venu le temps de le provoquer à une autre guerre. La trêve que nous lui avons accordée, aurait dû avoir pris fin il y a bien longtemps quand Quelqu’un est venu et nous a fait comprendre que nous sommes beaucoup plus que de simples vaincus d’un serpent qui de plus, ne sait même pas que nous existons.
Peut-être que nous devons aller lui poser la question s’il se rappelle de nous et s’il ne veut pas nous répondre, il ne faut pas tomber dans le piège du silence car nous serons partis pour encore des siècles à venir, être des admirateurs de quelqu’un qui ne sait même pas d’être poli quand on lui demande gentiment de répondre à une question qui nous a dévoré pendant si longtemps. Non, il ne faut surtout pas se dire qu’en fait, il ne puisse pas répondre parce qu’il est qu’un simple serpent. A ce même pauvre serpent nous lui avons accordé une autre valeur quand nous cherchions des excuses pour nos fautes ou pour nos faiblesses. Nous disons toujours que nous avons été forts et heureux jusqu’au jour quand lui, il est arrivé d’on ne sait pas où et a fait bousculer toute notre vie et même pire que ça. Il nous a fait découvrir la mort de notre désir de vivre. Nous sommes tributaires à ce pauvre serpent, c’est pourtant triste que nous ne nous soyons pas aperçus de notre statut de rampants.



